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Si Hautmont m'était conté

Des patrons de la région qui se réunissaient et participaient à des retraites prêchées par les pères jésuites au château blanc sont à l'origine de Notre Dame du Hautmont.

En 1884, ces patrons se groupent en association dénommée "association catholique des patrons du nord" qui a pour but d'améliorer les rapports sociaux dans les entreprises. Ils organisent des retraites d'entreprises avec patrons et ouvrier. En 1888, apprenant qu'ils ne pourront pas disposer du château blanc, la construction du Hautmont est décidée. Grâce à une souscription "cellules par cellules de 4000 francs", les fonds nécessaires à ce projet sont réunis et la réalisation devient possible. La 1ere retraite y est donnée en 1890. Dès 1891, la maison prend son plein essor (2 136 retraitants dont 1 243 ouvriers), affirmant ainsi dès son origine la vocation d'approfondissement spirituel et social du centre du hautmont animé par les jésuites, malgré la dissolution officielle de la congrégation. La guerre idéologique fait rage dans la région contre le "sectarisme des patrons" et leur prosélytisme älors même que celle-ci fait face à un développement prodigieux de sa population ouvrière (multipliée par 10 en un siècle). Campagnes d'opinion, déclarations surprenantes, procès, etc...aboutissent dans un 1er temps à la fermeture de la chapelle, puis à la confiscation de la maison qu'il faudra racheter à l'Etat après la guerre de 1914.

La maison devient dès lors hôpital auxiliaire. Malgré leur expulsion (le 16 mai 1914) les jésuites la surveillent du coin de l'oeil en y introduisant le père Dassonville comme Aumônier le 2 août 1914.

Rachetée aux domaines en 1924 N. D. du Hautmont reprend enfin ses activités de retraite. Elle est le siège de nombreuses initiatives : l'association des patrons du nord devient "la Bourgeoisie Française" précurseur de l'A C I.. Ce mouvement, à l'origine du "service de renfort", assure le transport des prêtres pour assurer les messes du dimanche dans les paroisse défavorisées de la Somme.

La mobilisation de 1939 interrompt une retraite en cours et met pratiquement fin aux activités spirituelles de la maison occupée d'abord par un bataillon de réserve français bientôt remplacé par des anglais. Ce sont ensuite les allemands qui en prennent possession avec des sarrois catholiques puis des jeunes SS du front du travail, suivis par des ouvriers du camp d'aviation de Bondues. A la libération ce sont des militaires canadiens, anglais et écossais qui s'y installent à leur tour. Des américains enfin occupent les lieux jusqu'au 5 décembre 1945. Le tout sous le regard du père Dumont installé discrètement à la conciergerie.

Il est facile d'imaginer l'état de délabrement de la maison après son occupation pendant 7 années par des troupes de cinq nationalités différentes.

Ce n'est qu'à l'Ascension 1947 que le centre du Hautmont peut enfin réouvrir ses portes. Une restauration sommaire est effectuée par le père Dumont, aidé dans sa tâche matérielle par le frère Joseph qui en demeure la cheville ouvrière (et une célèbre figure mouvalloise) jusqu'en 1975, date de sa mort.

En 1959 l'effectif est complété par des demoiselles espagnoles dont deux (Irène et Félisa) demeureront au service de la communauté jusqu'en 1989. La maison reprend progressivement les retraites, en les diversifiant : hommes, préparation au service militaire, scolaires... Les retraites de fiancés apparaissent en 1952 avec le concours de la Croix Blanche pour les nuits des jeunes filles ! Malgré des moyens modestes, la chapelle est rénovée avec la participation des moines de Wisques qui font les émaux et ceux de Saint-Benoît-sur-Loire qui réalisent les vitraux. Le cardinal Liénart inaugure cette chapelle rénovée le 5 février 1961.

A l'époque, les pères, jeunes et nombreux, marquent de leurs personnalités respectives les orientations de la maison, tout en assurant des apostolats extérieurs. Le père René Rogé assure de nombreuses conférences et fonde pour le diocèse les groupes de Vie chrétienne. Le père Philippe Coisne anime les groupes PRH. Pour essayer de coordonner ces initiatives, les supérieurs se suivent (pères Bied-Charton, René Rogé, Philippe Coisne, Yves de Colnet). L'arrivée du père Michel Boutry (1977) s'accompagne d'une très forte diminution de la communauté jésuite. Périodiquement, l'existence même du centre est remise en question, mais toujours surmontée.

L'arrivée du père Bruno de Gabory et sa nomination comme directeur en 1985 est le signe d'une volonté par les jésuites, aidés par les laïcs, de rénover le centre de façon significative permettant une animation importante. Cette évolution amène nécessairement à confier de plus en plus de responsabilités aux laïcs qui s'y investissent dans un vrai partenariat. Elle aboutit au retrait des jésuites de la direction de la maison qui est confiée par l'évêque à des laïcs : la Communauté Vie Chrétienne.

Louis-Pierre Poissonnier.



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